Oublie-moi

01/07/2024

Un peu par hasard comme bon nombre de rencontres, Arthur et Jeanne se croisent en soirée. Tout en se déchainant sur le titre « Words » de F.R David, l'attirance devient très vite réciproque. Puis la magie opère, Arthur et Jeanne tombent amoureux, un quotidien pétillant prend le relais, un quotidien couleur barba papa, de la même couleur que l'entièreté du décor et de ses accessoires. Jusqu'au jour où Jeanne demande à Arthur d'aller chez l'épicier du coin lui chercher du lait et des timbres. Cette simple course sera le premier domino de leur vie à deux à basculer, entrainant dans sa chute les suivants jusqu'à bouleverser l'existence toute entière du couple. Derrière l'inévitable qui se profile à l'horizon, un diagnostic : Arthur est atteint de déficit cognitif léger ou appelé MCI (Mild Cognitive Impairment) avec un risque de dégénérescence. Arthur et Jeanne vont alors tenter d'apprivoiser cette épée de Damoclès placée au-dessus de leurs têtes en espérant que le crin qui la retient ne se casse pas trop vite.

Dans « Oublies-moi », la mise en scène fait le pari de quatre espaces de jeu bien distincts : un à cour et un à jardin, où sont disposés des micros, grâce auxquels les deux comédiens partagent leur état intérieur avec le public. Un espace central rectangulaire, sorte de bulle rose faisant office de salon-salle à manger ou même de chambre à coucher, constitue le principal lieu de jeu, à la fois préservé du monde extérieur mais théâtre de vives batailles intérieures. Dans le fond de plateau, le mur est ouvert à la façon « passe-plat » vers un troisième espace de jeu, plus sombre, où l'on distingue certaines scènes du quotidien et qui se démarque de l'espace scénique central. Enfin, en devant de plateau, sont jouées les scènes parfois glaçantes de consultation avec le médecin.

Concernant le jeu, les comédiens alternent les scènes tantôt comiques, tantôt poignantes en passant parfois par des scènes de colère ou d'incompréhension. Mention spéciale à Kévin Garnichat qui ce soir là interprétait un Arthur plus que convainquant et dont les fonctions du corps et de l'esprit se déconnectent une à une.

Comme évoqué plusieurs fois précédemment, l'espace scénique central est comme l'intérieur d'un bonbon acidulé de couleur rose. Les accessoires, même les plus petits arborent cette couleur. Au fur et à mesure de l'intrigue et des crises, il n'est pas rare de les voir virevolter et se retrouver au sol occasionnant un chantier pas possible sur le plateau. En gros, ma chambre quand j'étais petite, rangée à ma façon. Mais ce temps a bien changé. Je suis devenue une vraie « Monica Geller » et j'avoue que ce bazar me perturbait jusqu'à ce que comprenne qu'il n'était que le symbole du chantier se mettant doucement en place dans la tête d'Arthur.

La pièce pose également des enjeux existentiels : comment appréhender une maladie dont l'issue est inévitable, le paradoxe du jeunisme avec un pathologie plus connue chez des sujets d'ordinaire plus âgés et des projets, comme celui de fonder une famille, fauchés en pleine ascension.

« Oublie-moi » est une pièce qui traite d'un sujet lourd mais elle est abordée de manière simple et accessible. Pas une seconde, le spectacle ne tombe dans les clichés, voire dans le pathos. La mise en scène et le jeu en font une pièce originale au fort pouvoir émotionnel. Une très belle histoire d'amour, une pièce que le public n'a pas envie d'oublier…

Et maintenant, à vous de jouer !
Maria-Nella

Auteur : D'après In Other Words de Matthew Seager, adapté par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez
Comédiennes et comédiens en alternance : Marie-Julie Baup, Elise Diamant, Mathilde Roehrich, Thierry Lopez, Clément Aubert, Lionel Erdogan et Kévin Garnichat
Metteuse et metteur en scène : Marie-Julie Baup et Thierry Lopez