Les poupées persanes

18/07/2021

« Yeki bood, yeki nabood. Gheir az Khodâ , itch kas nabood. »
C'est par ce simple « il était une fois » accompagné de quelques notes de guitare traditionnelle perse, le târ, que le narrateur commence son récit des poupées persanes...

Il était une fois quatre étudiants à Téhéran, les yeux remplis de rêves, quatre étudiants qui n'ont d'autres préoccupations que de profiter de la fougue de leur jeunesse alors que dehors la tempête de 1979 gronde.
Vingt ans plus tard.
Il était une fois une mère et ses deux filles à Créteil invitées à passer le réveillon de l'an 2000 dans les Alpes, une mère et ses deux filles juste soucieuses de leur bonheur alors dehors que la tempête de 1999 menace.
Il était une fois des destinées très éloignées temporellement et géographiquement des unes et des autres... et pourtant...

Pour sa deuxième mise en scène Régis Vallée récidive avec habileté. Tout comme dans la main de Leïla, le metteur en scène joue sur les codes du théâtre moderne en faisant de cette œuvre une pièce sensible et juste. Beaucoup de scènes de duos ou trios sont jouées face public permettant à l'audience de capter toute la palette d'émotions des protagonistes. Côté jeu, les six comédiens enchainent tour à tour une multitude de personnages dont les intentions vont aux antipodes des sentiments. Ils passent tantôt par des rôles touchants et drôles comme par des rôles menaçants et glacials. Les changements de décors, d'ambiance, de lieux s'enchaînent comme sur du papier à musique dans une chorégraphie millimétrée et ce sans que le public ne perde le fil. Les musiques, bruitages et lumières viennent apporter la touche finale de cette mise en scène qui se veut la plus réaliste possible.

De plus, il est à souligner dans cette pièce le génie des décors. En effet, quatre modules placés sur scène se transforment par un tour de passe-passe en bibliothèque, en stand de gaufres, en cabine de DJ, en prison, en télésiège, en poste frontière, en arbre de Noël... Même les costumes semblent s'y mettre. Grace à un simple zip, un jean slim des années 2000 se transforme en pat d'eph' des 70's et les moon-boost s'enfilent par-dessus des chaussures de ville comme par magie.

Enfin, le texte signé d'Aïda Asgharzadeh est touchant de vérité. Il met l'accent sur une période pas si éloignée et met en lumière ces destins croisés aux seules aspirations de liberté.

« Yeki bood, yeki nabood ».
Il était une fois une pièce de théâtre qui se joue pour la première fois au festival d'Avignon en 2021.
Il était une fois une pièce de théâtre inspirée de faits historiques et familiaux réels.
Il était une fois une pièce de théâtre qui tire l'émotion du public à son sommet.
Il était une fois une pièce de théâtre qui je l'espère restera dans les mémoires et dans les cœurs.

Et maintenant, à vous de jouer !
Maria-Nella

Texte : Aïda Asgharzadeh
Mise en scène : Régis Vallée
Comédiennes / comédiens : Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker, Azize Kabouche, Toufan Manoutcheri, Sylvain Mossot, Ariane Mourier
Création Lumière : Aleth Depeyre
Régisseur : François Leneveu
Costumes : Marion Rebmann
Musique : Manuel Peskine
Perruques : Julie Poulain
Scénographie : Philippe Jasko
Assistante à la mise en scène : Melissa Meyer
Production : ACME, les Béliers Parisiens et Atelier Théâtre Actuel

Théâtre des béliers du 7 au 31 juillet à 15h25 - Relâches : 12, 19, 26 juillet

https://www.festivaloffavignon.com/programme/2021/les-poupees-persanes-s28098/

Représentation du 17 juillet 2021