Les passagers de l'aube

22/07/2019

Deux ans... Cela fait deux ans que je tente d'assister à cette pièce mais à chaque fois, il semble que je sois l'éternelle abonnée des rendez-vous ratés des "passagers de l'aube". Cette année, c'est décidé j'irai voir cette pièce coûte que coûte quitte à planter la tente devant le théâtre de la Luna. Certes, j'aurais l'air fine sous ma bâche en plastoc moi qui n'aime pas le camping et qui ne peut vivre sans salle de bain. Mais qu'importe!

Noé (Gregory Corre) est un brillant étudiant en neurochirurgie sur le point de rendre sa thèse. Il partage sa vie avec Alix (Florence Coste), une jeune photographe qui ne travaille qu'en argentique, écrit des lettres manuscrites et écoute du Jean Ferra à toutes blindes. Noé est adulé par ses professeurs et ses amis étudiants en médecine, Roman (Nicolas Taffin) et Jeanne (Mathilde Moulinat) car il est promis à un très bel avenir chirurgical. Mais un jour, suite à un concours de circonstance hasardeux, Noé va être confronté aux EMI ou Expérience de Mort Imminente. En d'autres termes, des patients auraient vécu l'expérience de la vie après la mort : sortie du corps physique, sérénité, vison de sa propre existence en une fraction de secondes, tunnel puis grande lumière, rencontre avec des êtres disparus. La totale. A partir de là, une question grandit dans la tête de Noé : la conscience survivrait-elle après la mort physique du corps? Médicalement parlant, ce n'est pas une massue qui tombe sur le crâne du pauvre étudiant, c'est un gourdin. En cherchant à en savoir un peu plus, Noé découvre que le sujet est bien plus vaste qu'il n'y parait. Des études anthropologiques, scientifiques, sociologiques et même médicales semblent exister mais la médecine occidentale les ignore volontairement car cette théorie remettrait à plat bon nombre de choses établies et semblant indéfiniment immuables. Au fil de l'avancée de ses recherches, Noé voit ses certitudes de futur médecin voler en éclat remettant en cause l'essence même de son sujet de thèse (en dernière année, ça la fout un peu mal). Ne laissant aucune place au hasard, Noé creuse le sujet au grand dam de son entourage professionnel et personnel. Alix ne le reconnaît plus et s'envole sans lui et malgré elle à l'autre bout du monde. Ses collègues et ami(e)s sont sidérés qu'un esprit aussi brillant ne trouve pas d'apaisement dans la rigueur cartésienne. Noé se rapproche alors du Professeur Mercier (Nicolas Taffin) considéré un peu comme le "Dr. Emett Brown" de l’hôpital et qui a tenté d'apporter des réponses aux questions des EMI. Au fur et à mesure que Noé cherche à lever le voile sur cette question universelle, l'étudiant se heurte à l'hostilité de tous jusqu'à perdre complètement pieds.

Sur un plateau assez large, le décor des "passagers de l'aube" reprend les codes du théâtre moderne : éléments amovibles mais pas de surcharge d'accessoires, projection sur toile tendue, jeu de lumières dévoilant des espaces insoupçonnés et projetant le public dans des endroits totalement différents. Le son est également travaillé et accentue les effets de changement d'espace. Dans cette pièce, cette troupe jeunes comédiens de la compagnie "le théâtre des possibles" tire son épingle du jeu. Nicolas Taffin, déploie des trésors de détermination pour faire sauter les verrous de la pensée scientifique. Le rôle d'Alix interprété par Florence Coste est le personnage « rayon de soleil » de ce spectacle. Elle qui ne peut vivre dans le virtuel, qui préfère les lettres aux mails, virevolte sur scène poussant même parfois la chansonnette avec un très beau timbre de voix. En interprétant à la fois le meilleur copain insupportable de Noé et le Professeur Mercier, ce grand chercheur au calme olympien (bluffant la perruque), Nicolas Taffin arrive à jouer aisément sur les deux registres en des laps de temps très courts. Tout comme Mathilde Moulinat qui interprète à la fois Jeanne l'amie fidèle, presque le seul soutien de Noé dans les moments les plus sombres, et la glaciale Professeure Elisabeth Schwartz.
Enfin, le texte et la mise en scène signés Violaine Arsac sont d'une puissance phénoménale. Accrochez vos ceintures, ça va secouer.

"Les passagers de l'aube" est un spectacle fort de sens qui tente de faire réfléchir sur un sujet vieux comme le monde et si universel. Et si il y avait une vie après la mort? Et si la mort n'était qu'un passage comme certaines civilisations plus ou moins antiques le pensent? Cette pièce ne laisse personne indiffèrent surtout quand on sait qu'elle est basée sur des fait scientifiques réels. En outre, elle nous interpelle sur la façon dont une perception tout autre peut remettre en cause des théories qui se voulaient être des vérités. Les quatre mousquetaires théâtraux que nous sommes étions tous retournés au baissé de rideau tant ce spectacle était intense et émouvant. Les débats passionnés qui en sont ressortis juste après ont duré près de deux heures. Agathe* m'a confié que pour la premier fois du festival, elle a essuyé une petite larme. Quant à moi c'est un paquet de mouchoirs entier qui y est passé.

Les passagers de l'aube, l'un de mes coups de cœur ce festival d'Avignon, limite une vraie gifle. Cela valait bien une nuit de camping devant le théâtre, même sans salle de bain.

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella

*le prénom a été changé.

Metteuse en scène : Violaine Arsac
Interprète(s) : Grégory Corre, Florence Coste, Mathilde Moulinat, Nicolas Taffin, Ou Alternance
Chorégraphe : Olivier Bénard
Lumières : Stéphane Baquet
Décors : Caroline Mexme
Costumes : Clémentine Savarit
Auteure : Violaine Arsac 
COMPAGNIE LE THÉÂTRE DES POSSIBLES
COPRODUCTION : ATELIER THÉÂTRE ACTUEL
COPRODUCTION : ZD

Théâtre la Luna - 22 juillet 2019

À 12H40 : DU 5 AU 28 JUILLET

https://www.avignonleoff.com/programme/2019/les-passagers-de-l-aube-s24563/

Au théâtre 13 à Paris - janvier 2020