Les chatouilles

21/09/2019

Odette. 8 ans. Petite fille aux cheveux blonds. Elle dessine dans sa chambre. Absorbée par son ouvrage, elle n'a pas remarqué Gilbert, un ami de la famille. Un ami proche. Très proche. Trop proche. Il gagne sa confiance. Veut jouer avec elle... à la poupée. Il veut aussi la chatouiller... Dans la salle de bain. Voilà. C'est comme ça que ce seul en scène "les chatouilles" commence. Glaçant...
  
Avant d'aller voir ce spectacle, je connaissais les grandes lignes de l'histoire d'Andrea Bescond. Néanmoins je pensais (à tord, car je n'ai pas vu le film) que cela serait une chronologie sur le traumatisme qu'elle a vécu jusqu'à l'emprisonnement de son agresseur. En fait, ce spectacle traite plutôt du long travail de reconstruction d'Odette qui, adulte, est devenue danseuse professionnelle. Cette dernière commence une thérapie avec sa mère qui est d'une froideur et d'une incompréhension révoltante. Mais avant de se prendre en main, pour oublier Odette a sombré dans la drogue, dans l'alcool, a touché à tous les extrêmes jusqu'à s'en brûler les ailes. Dans un sursaut de vie elle veut s'en sortir, mettre K.O ses vieux démons et tourner la page de la colère.

Structurellement le spectacle est un feu d'artifice d'enchaînement de scènes. On passe d'une époque à une autre presque de manière décousue mais tout en suivant un fil d'Ariane. De plus, en dépit de la lourdeur du sujet, des scènes plus légères apportent un souffle d'air frais bienvenu : la professeure de la petite école de danse, les scènes de casting, de comédies musicales, le délire du showbiz... La pièce trouve un juste équilibre entre la tragédie du sujet et la volonté de la comédienne de survivre à 200%. 

Pour ce qui est de la mise en scène, il est à noter un gros travail sur le son et la lumière comme ces danseuses de tulle venant effectuer un pas de deux poétique dans un rayon de lumière. La danse est un personnage à part entière dans ce spectacle car c'est l'exutoire d'Odette. Côté décor, c'est très simple. La scène est littéralement nue. Seule une chaise blanche trône au milieu du plateau. Le jeu est en fait la clé de voûte de ce spectacle. Personnellement, je suis toujours fascinée par la capacité des comédiens à absorber l'attention du public et à créer l'imaginaire en dépit du vide. Car le talent de Deborah Moreau est de nous emmener avec elle. Car oui, on y est! On est dans cette salle de casting, on est dans ce studio de danse, on est sur la scène de l'opéra, on est dans cette chambre pourrie de l'internat du conservatoire de danse, j'y distingue presque les moisissures sur les murs, on est aux assises, on est dans ce cabinet de psy, on est dans... cette salle de bain, théâtre de l'abomination... 

Et danser, danser, danser à tout rompre! Danser pour oublier! Ou pour exprimer sa douleur jusqu'à la transe, jusqu'à l'apesanteur. Danser car c'est la seule forme d'expression. Car c'est la seule chose sur laquelle Gilbert n'a pas d'emprise. Et au tombé de rideau, je me prends à rêver que la danse de la colère devienne enfin la danse de la sérénité retrouvée.

Et maintenant, à vous... de danser.
Maria-Nella

Une pièce d'Andréa BESCOND
Mise en scène Eric METAYER
Interprétée par Déborah MOREAU

La scène libre - 21 septembre 2019 

https://www.billetreduc.com/242821/evt.htm