L'école des femmes

20/07/2021

Le rideau du théâtre des lucioles se lève sur une roulotte placée en centre de scène. En transparence d'un fin voilage blanc en guise de quatrième mur, une petite écuyère exécute une danse sur une musique enfantine. C'est de cette manière que l'école des femmes interprétée par la compagnie Viva débute.

Arnolphe entretient un étrange dessin. Il a pris sous son aile et ce depuis sa plus tendre enfance une orpheline prénommée Agnès. Arnolphe tient sa protégée à l'écart du monde afin qu'elle ne s'instruise pas trop et surtout qu'elle ne nourrisse pas les convoitises d'un bellâtre de son âge. Car en dépit du fait qu'Arnolphe a l'âge d'être son père, il nourrit surtout le secret espoir d'épouser Agnès (avec tout ce qui s'en suit, si vous voyez ce que je veux dire, en un mot « berk »). Néanmoins, malgré la bonne volonté du vieux bonhomme d'isoler Agnès, celle-ci va tomber sous le charme du beau Horace. Oups... Le plan d'Arnolphe semble quelque peu se compliquer.

Dans cette version de l'école des femmes interprétée par la compagnie Viva, le thème du cirque est mis à l'honneur. Déjà par la présence de la roulotte faisant office de maison/prison pour Agnès, un peu comme une scène dans la scène. Mais également par les costumes revêtus par les comédiens. Dans son habit bleu et or, Arnolphe fait office de monsieur Loyal. Par sa déclamation, il annonce les scènes à venir tel des tours s'enchaînant sous le chapiteau. Dans son tutu rouge à bustier blanc, Agnès interprète tour à tour l'enfant douce et naïve mais qui en l'espace d'un instant fait tomber le masque en prenant à témoin le public. En effet, au cours d'une scène magnifique de mime, Agnès retire avec rage son costume d'écuyère pour enfin devenir une femme pleine, entière et dotée d'une intelligence remarquable. Les deux valets aux masques de la commedia dell'arte et à l'accent tout droit venu de la contrée de notre amie Céline, sont les clowns (très drôles) de service. Horace, enfin, dans son costume d'aviateur de l'aéropostale, pourrait se transformer en trapéziste côtoyant les étoiles. Pour en terminer sur les costumes, il est à souligner leurs changements au diapason entre les scènes car pendant longtemps j'ai cru que les comédiens étaient plus de trois.

Pour parachever l'ouvrage, la lumière projetée en fond de scène sur un écran géant, vient illustrer l'état d'esprit des protagonistes, tantôt rouge pour exprimer la colère, bleue pour apaiser les tensions ou multicolore quand l'action s'accélère.

Pour conclure, cette version de ce classique de Molière vaut le détour car en dépit des références modernes et un peu décalées, cette version ne tombe pas dans la loufoquerie. Mieux que ça. La compagnie Viva propose au contraire une version poétique de l'école des femmes, une version qui côtoient les étoiles des chapiteaux et qui nous offre un pur et beau moment de théâtre.

Et maintenant, à vous de jouer !
Maria-Nella

Auteur : Molière
Mise en scène : Anthony Magnier
Comédiennes/comédiens : Eva Dumont, Mikael Fasulo, Victorien Robert
Lumières : Charly Hove
Musiques : Mathias Castagné
Décors : Brock
Costumes : Mélisande De Serres
Compagnie Viva

Théâtre des lucioles - du 7 au 30 juillet à 10h20 - Relâches : 8, 10, 12, 14, 16, 23, 25, 28 juillet

https://www.festivaloffavignon.com/programme/2021/l-ecole-des-femmes-s28004/

Représentation du 19 juillet 2021