Le père Noël est une ordure

22/04/2019

Il faut le reconnaître. Il fallait une sacrée dose d'audace pour la compagnie Saynète et sans bavure pour s'attaquer à ce monument théâtral aussi populaire que le Père Noël est une ordure. Car tout à fait entre nous, à la simple évocation de ce titre, on a tous à l'esprit l'équipe du Splendid et leurs gags à deux balles tellement drôles. 

Si on devait résumer l'histoire en une phrase : une soirée de Noël de loosers qui part complètement en live. Mais les loosers ne sont pas forcément ceux qu'on croit. Pour être un peu plus précis, Pierre et Thérèse, deux bénévoles de l'association SOS détresse amitié assurent la permanence téléphonique pour le réveillon de Noël. Ils s'attendent à avoir pas mal de coups de téléphone de personnes désespérées. Par un (mal)heureux concours de circonstances, nos deux protagonistes vont être embarqués dans une soirée de Noël en mode grand-huit. Ajoutez à cela un voisin germano-bulgare (un rien) envahissant et psychopathe, une future fille-mère habillée à la Véronique et Davina, un père Noël à moitié bourré et violent (tiens, ça me rappelle la chanson Odelaf), un travelo dépressif avec un ch'veux sur la langue et vous avez un cocktail qui finira par exploser. 

Dans la version de la Compagnie Saynète et sans bavure, le public est accueilli par un plateau plus que sinistre. En effet, tout le décor, les costumes et les personnages sentent le vieux "pantalon Prince de Galles" : table écossaise, canapé écossais, guéridon écossais, robe de Thérèse et cravate de Pierre assorties, sapin de Noël en plastoc... bref on se croirait chez ma grand-mère.

Très franchement cher(e)s lecteurs/lectrices, je ne vous cache que quand la compagnie a annoncé son intention de monter ce monument du théâtre populaire, j'ai eu quelques craintes. En effet, cette pièce (doublée du film plus tard) est tellement ancrée dans l'inconscient populaire que tous ses gags se devinent assez vite laissant peu de place à l'effet de surprise. Et bien dans cette version, la mise en scène permet assez vite de prendre de la hauteur et de se détacher de ce qui a déjà été fait (même si on connait les répliques plus ou moins par cœur). En outre, la compagnie a fait le pari de remettre la pièce dans un contexte plus contemporain. Oubliez les vieux tubes dans années 70-80. Place à la modernité et au 21e siècle, sauf peut-être pour le slow sur Sinatra et la référence à Michel Druker (intemporels, ces deux-là). L'affiche mise aussi sur l'originalité avec ses deux couteaux dos à dos et qui forment un sapin de Noël fatal. 

Bref, Saynète et sans bavure dépoussière un peu cette comédie populaire tout en la laissant dans son jus au fumé de naphtaline (sinon le charme serait rompu). Et en cette fin d'article, ayons une pensée pour ceux qui sont au bout du rouleau car "S.O.S détresse amitié, c'est simple comme un coup de fil".

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella

Une pièce de Josiane BALASKO et la Troupe du Splendid
Mise en scène : Sylvie AUGER
Avec : Deniz ATAY, Laetitia BONMARTEL, Isabelle DEGRAEVE, Arnaud KOB, Sébastien LUMBRERAS et Stéphane THERON 
Compagnie Saynète et sans bavure

Théo Théâtre - 21 avril 2019