Cyrano

Quand j'ai appris que la compagnie du théâtre les pieds nus avait fait le pari de jouer Cyrano de Bergerac avec seulement trois comédiennes, je me suis dit que c'était un pari risqué voir un peu fou. Mais vous commencez à me connaître, j'aime tout ce qui sort de l'ordinaire.


Tandis que le public s'installe dans le théâtre du Funambule Montmartre, le rideau est levé. Trois coffres grand-ouverts sont disposés devant la scène. Alors que le spectacle n'a pas commencé, sans crier gare, les trois comédiennes vêtues de chemises et pantalons bouffants d'époque, visages grimés de blanc et joues maquillées de rouge rentrent sur le plateau pour donner vie à ces objets mystérieux.

A-t-on besoin de résumer l'histoire de l'une des pièces les plus célèbres du répertoire français mais également l'une des plus jouées ? Cyrano de Bergerac est mousquetaire servant aux cadets de Gascogne. Il est fier, intrépide et a la verve (très) facile. Il sait jouer avec les mots aussi bien qu'avec son épée. Mais Cyrano est doté d'un grand nez et pense qu'à cause de cette protubérance, il n'a pas le droit d'aimer, d'autant qu'il soupire en secret pour sa belle cousine Roxane.
Christian rentre en scène et c'est là que tout se complique. Ce dernier également jeune cadet et à la moustache fine aime lui aussi en secret « Magdeleine Robin dite Roxane, orpheline cousine du fameux Cyrano ». Le problème c'est que Christian est aussi beau qu'il est sot. Enfin pas tout à fait, disons qu'il manque d'esprit. Par un subtil tour de passe-passe, Cyrano et Christian vont conclure un pacte : séduire à eux deux la belle Roxane. Cyrano par ses mots, Christian par sa beauté.

La compagnie du théâtre les pieds nous livre une version très poétique de l'œuvre d'Edmond Rostand, un Cyrano aux chandelles car un travail impressionnant a été fait sur la lumière. En effet, le plateau est véritablement éclairé de chandelles comme à l'époque de l'hôtel Bourguignon. De plus, des lanternes chinoises disposées un peu partout dans le théâtre et envahissant progressivement le plateau créent une atmosphère intimiste et crépusculaire rappelant l'amour que Cyrano porte au clair de Lune.

La mise en scène très originale est, par bien des aspects, un mélange de modernité et de contemporain. La musique qui accompagne toute l'action scénique est une combinaison volontaire de musiques du monde et de grands morceaux de musique classique tels que la marche pour la cérémonie des Turcs de Lully, la Suite española, Op.47, No.5 Asturias ou encore le Concerto pour piano nº 23 en la majeur de Mozart.

Tout le théâtre est scène. En effet, pendant toute la pièce, le public ne compte plus les ruptures du quatrième voir du cinquième mur. La pièce est jouée sur le plateau, dans le public, l'allée centrale, en devant de scène et si elles le pouvaient, le comédiennes s'en donneraient à cœur joie de jouer sur et même en dehors des murs du Funambule.

Personnellement, depuis que vais au théâtre, j'en ai vu des versions de Cyrano de Bergerac et de très bonne qualité d'ailleurs. Mais je dois dire que celle-là balaye de loin toutes les autres. Déjà par ce qu'elle est interprétée par trois comédiennes pleine de talent qui tour à tour vont endosser les rôles de Cyrano, Roxane et Christian. L'originalité de cette version de Cyrano réside dans le fait que chacune ne se contente pas de rester dans son personnage, au contraire c'est le personnage qui change de comédienne. En effet, par un subtil changement de masque de la comedia dell'Arte, les trois comédiennes jouent chacune à leur tour les rôles principaux, sans compter tous ceux qui gravitent autour de ce triptyque. Il est à souligner également les interventions très drôles de la Duègne qui arbore une dégaine mi-kitch mi-vintage mais également celles de Ragueneau qui n'hésite pas à partager son savoir-faire culinaire avec le public. En outre, ces trois comédiennes débordent d'énergie car leur interprétation (très physique) passe par divers arts de la scène : la danse, le mime, le masque et ce au sens propre comme au figuré...

Ainsi, je conclurai mon article sur ces quelques phrases :
"Grandes sont ces trois nobles dames !
Méfiez-vous car cette version de Cyrano fait mouche.
Et en cette veille de la journée de la femme,
Je peux vous affirmer qu'à la fin de l'envoi, elles (nous) touchent!!!

Et maintenant, à vous de jouer!
Maria-Nella

Mise en scène Bastien Ossart
Avec : Iana-Serena de Freitas, Macha Isakova, Mathilde Guêtré-Rguieg
Une production Théâtre Les Pieds Nus & Le Funambule Montmartre
Lumières Mehdi Rguieg
Photos Filipe Roque

Le Funambule Montmartre - 6 mars 2020

Du mercredi au samedi - 19h ou 21h (en alternance)
Les dimanches 15h30