Chantecler Solo

09/03/2019

C'est la rentrée au théâtre. Marco accueille les membres de son association, anciens, nouveaux, membres du bureau... Il bouillonne d'idées en ce premier jour, a relu sa bibliothèque théâtrale dans le courant de l'été et a trouvé LA pièce que sa troupe jouera cette année : Chantecler. Il s'agit de l'une des dernières pièces d'Edmond Rostand qui, porté par le succès de Cyrano de Bergerac et l'Aiglon, recherche désespérément la perfection dans ses œuvres.

Côté histoire, Chantecler est un coq persuadé que son chant fait lever le soleil tous les matins. Il est à la fois adulé par les animaux de la basse-cour mais également détestés par les créatures de la nuit. L'histoire, satire de la société de l'époque et des sentiments de vanité et d'orgueil, aurait pu s'arrêter là. Mais c'était sans compter l'arrivée d'une poule faisane. Chantecler tombe amoureux et va en oublier de chanter. Le soleil se levant malgré tout, le coq majestueux est poussé hors de son piédestal et n'aura de cesse que de reconquérir l'admiration de ses congénères.

Dans Chantecler Solo on assiste à un vrai cours magistral sur cette oeuvre. A l'époque de la première, Edmond Rostand avait vu grand, voire même très grand. Il souhaite égaler voire dépasser le succès de Cyrano et se perd alors dans la démesure : plus d'une centaine de comédiens et autant de personnages, des décors de plusieurs mètres de long, des costumes gigantesques, un budget pharaonique qui ferait pâlir les producteurs d'Hollywood (et Jean-Louis, le trésorier de Marco), et des heures et des heures de travail et de répétitions. Dans Chantecler Solo, Marco est au contraire dans la mesure. Il sait que son projet est ambitieux mais il a visiblement tout prévu : peu voire pas de décors, des costumes et accessoires réduits à de simples écharpes qui tournent d'un personnage à l'autre, une mise en scène sobre par un jeu de lumières important mettant le soleil au cœur de l'intrigue et pour rester fidèle le plus possible à Rostand, pas de coupe de texte. Soit un projet de spectacle d'une durée d'environ 3h30 au bas mot... gloups. Ainsi porté par un enthousiasme débordant, Marco cherche à rallier désespérément le public à son projet surréaliste. Le comédien saute littéralement à pieds joints dans le texte. Il se transforme en coq et distribue les rôles : les poules, le chat, la pintade, la faisane, le rossignol, les nocturnes, le chien Patou, le merle... Le comédien va osciller entre une plaidoirie enflammée en prose pour que son association de théâtre valide son projet, et des scènes de Chantecler afin d'immerger son auditoire dans la beauté du texte. Car en dépit du fait qu'écrire en Alexandrins c'était déjà "has been" à l'époque, il faut quand même reconnaître que déclamer un texte en vers, c'est la classe.

Au-delà du projet de spectacle, Chantecler Solo est une analyse de cette œuvre d'Edmond Rostand, qui n'a visiblement pas rencontré le succès qu'on lui prédisait à l'époque. Outre le fait que la première de cette pièce a été mainte fois reculée, le public s'attendait à une œuvre égalant Cyrano. Comme quoi une pièce qui de prime abord est attendue par la critique comme le spectacle du siècle, peut ne pas rencontrer le succès qu'on lui prédisait et vice et versa (comme dirait les Tranxens Camille). Ainsi, Marco est un peu comme Edmond Rostand, porté par sa motivation, il se perd dans son projet au risque de perdre les membres de sa troupe. Mais il reste fidèle à sa perception globale de Chantecler : monter une pièce grandiose avec les moyens du bord (et surtout ceux que Jean-Louis voudra bien lui céder).

Défi relevé pour Chantecler Solo. Ce seul en scène pousse le public à être curieux, à aller au-delà des œuvres les plus populaires d'Edmond Rostand car c'est "en croyant à des fleurs, que parfois on les fait naître".

Et maintenant, à vous de jouer.
Maria-Nella

D'Axel SENEQUIER
Mise en scène : Pierre BESSON
Avec : Henri SAINT-MACARY

Théâtre le Magasin