Body and soul

17/11/2019

Chères lectrice, chers lecteurs,

Une fois n'est pas coutume, l'article qui suit ne sera pas consacré au théâtre mais à la danse, mon premier amour. Plus précisément il sera consacré au spectacle de danse de Crystal Pite, Body & Soul, interprété par le ballet de l'Opéra.

Après m'être promenée dans les longs couloirs du Palais Garnier, je rejoins ma place au poulailler. Je ne m'en doutais guère, mais la vue sur la scène est imprenable. Il sera sans doute difficile de voir les expressions des danseurs mais ça sera parfait pour les mouvements d'ensemble. Je ne croyais pas si bien dire.

Le spectacle est divisé en trois actes. 
Le premier est dans la pure tradition contemporaine : pas de décor, juste un fond noir, costume ou plutôt uniforme militaire (assez élégant d'ailleurs) intégralement noir, ou costume noir et blanc.
Le spectacle commence par un pas de deux entre figure 1 et figure 2. Les premiers enchaînements sont simples, rythmés par la voix d'une femme décrivant les mouvements des danseurs, sans musique, juste un fond sonore. Puis au fur et à mesure, le spectacle monte très vite en intensité et en technique. Près d'une quarantaine de danseurs rejoignent le duo dans des enchaînements graphiques. Difficulté majeure tout au long du spectacle, les danseurs forment des successions de vague de mouvements espacés d'un demi-temps entre protagoniste. Quand on a pratiqué la danse, il est difficile de respecter une synchronisation parfaite. Mais la difficulté est tout autre quand au contraire, les danseurs doivent tous effectuer leurs mouvements avec un demi-temps de décalage. Perchée du haut de mon balcon l'impression d'ensemble est à couper le souffle. Puis un/une danseur/danseuse se détache suivi(e) de son binôme et renchaînent un pas de deux en mode figure 1 et figure 2. On ne sait s'il s'agit d'une allégorie de l'amour menant à un combat ou un rapprochement entre genres, entre rivaux, voire simplement les instructions de la chorégraphe pour créer son spectacle d'inspiration mécanique.

Le deuxième acte est plus classique. Le plateau a été libéré de son fond noir pour laisser transparaître l'arrière scène urbain où des projecteurs ont été installés. La musique de Chopin a pris le relais, le piano étant l'instrument de prédilection aux répétitions des corps de ballet classiques. Tantôt, la voix décrivant les mouvements de figure 1 et de figure 2 se fait entendre en un écho. 
Les danseurs étoiles Léonore Baulac et Hugo Marchand effectuent un pas de deux magistral. Léonore Baulac tout en grâce et en finesse défie les lois de la gravité. Hugo Marchand quant à lui incarne l'équilibre parfait entre la force de l'athlète et la délicatesse du danseur. L'ensemble du corps de ballet les rejoint et les deux danseurs étoiles se fondent alors dans la masse pour nous offrir des enchaînements puissants et retrouver ces mouvements de vague.

Le troisième acte nous plonge dans un univers de science-fiction où les danseurs se transforment en des créatures étranges mi insecte mi extraterrestre. Ecrit comme de cette manière ça peut faire peur mais ce final est extrêmement bien réussi. Ce dernier chapitre du spectacle est en totale asymétrie avec le premier acte tant par les costumes qui sont très élaborés et d'inspiration Jean-Paul Gaultier, que par les décors faits de sept pans de murs dorés qui descendent du plafond, mais également par la danse qui marie une multitude de genres : contemporain, classique et néo-classique, modern jazz... permettant au spectacle de finir en apothéose. Le public a littéralement hurlé en au tombé de rideau. En outre, pour accentuer cette atmosphère SF, la bande sonore est un mélange de musique et de sons qui parfois me font penser aux bruits émis par les céphalopodes dans le film "premier contact".
J'avoue ne pas avoir bien compris l'intervention d'un personnage en mode "Chewbacca" en pantalon doré. Mais le génie de la chorégraphe est de faire en sorte que ce personnage aussi loufoque soit-il s'intègre parfaitement dans l'œuvre donnant un côté genèse voire ou 2001 l'odyssée de l'espace à ce troisième acte, allant dans le droit fil de l'esprit SF du ballet.

Pour conclure, Body ans Soul est un spectacle qui dans son intégralité est extrêmement graphique car il offre un ballet aérien fait de mouvements d'ensemble géométrique. Je n'ai donc pas regretté ma place en hauteur, bien au contraire. De plus, les trois actes de ce spectacle s'inscrivent dans une démarche thématique qui se veut être une métaphore mêlant des sujets extrêmement liés, l'amour et le combat. Les musiques et bandes sonores, les costumes, les décors, les lumières sont des instruments au service de cette création artistique puissante, originale et moderne. Body and soul, un spectacle de danse de très haut niveau, à l'image du ballet de l'Opéra.

Et maintenant, dansons !
Maria-Nella

Musique : Owen Belton, Frédéric Chopin, Teddy Geiger
Chorégraphie : Crystal Pite
Assistée d'Eric Beauchesne, Jermaine Spivey
Voix : Marina Hands
Décors et scénographie : Jay Gower Taylor
Costumes : Nancy Bryant
Lumières : Tom Visser
Danseuses : Ludmila Pagliero, Léonore Baulac, Marion Barbeau, Héloïse Bourdon, Hannah O'Neill, Muriel Zuspperreguy, Aurélia Bellet, Eléonore Guérineau, Lydie Vareilhes, Isa Viikonkoski, Letizia Galloni, Juliette Hilaire, Caroline Osmont, Charlotte Ranson, Apolline Anquetil, Lucie Devignes, Marion Gautier de Charnacé, Ninon Raux, Seohoo Yun
Danseurs : Hugo Marchand, François Alu, Alessio Carbone, Marc Moreau, Sébastien Bertaud, Aurélien Houette, Axel Ibot, Daniel Stokes, Simon Valestro, Adrien Bodet, Adrien Couvez, Yvon Demol, Grégory Dominiak, Alexandre Gasse, Mickaël Lafont, Simon Le Borgne, Maxime Thomas, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Giorgio Fourès, Julien Guillemard, Loup Marcault-Derouard, Antonin Monié